Leurs morts

Ils ont voté sur la mort d'un homme. Voici, autant que les sources le permettent, comment ils sont morts eux-mêmes.

Sur les 749 députés, une source donne la cause de la mort pour 175 seulement — 23,4 %. Pour tous les autres, elle donne la date, souvent le lieu, et s'arrête là. Ce silence est le premier fait de cette page, et il n'est pas réparable : il tient à ce que le XIXe siècle a jugé digne d'être noté sur un homme mort dans son lit.

Ce silence se partage pourtant en deux. 393 de ces hommes sont morts à 65 ans ou plus sans qu'aucune fin violente ne soit relevée : leur mort est présumée naturelle, et la fiche le dit en ces termes. Pour les 181 derniers — morts trop jeunes, ou à un âge indéterminable — on ne sait rien du tout.

Les 749 morts, en trois états de la connaissance
Cause relevée dans une sourceÉtablie fiche par fiche, dans les huit valeurs détaillées plus bas.17523,4 %
Mort naturelle présuméeAucune cause relevée, mort à 65 ans ou plus, aucune fin violente signalée. Présumée, non attestée — la fiche le dit.39352,5 %
Silence entierMort avant 65 ans, ou à un âge indéterminable : rien n'autorise même une présomption.18124,2 %
Les 175 causes relevées dans une source
MaladieMaladie nommée ou non, épidémie, apoplexie, ou vieillesse expressément donnée.7643,4 %
GuillotinéExécuté à la guillotine, sur jugement ou sur mise hors la loi.5330,3 %
SuicideS'est donné la mort, y compris pour devancer l'échafaud.179,7 %
AssassinéTué par un tiers hors de toute décision de justice.95,1 %
AccidentNoyade, chute, explosion, naufrage, accident de voiture.84,6 %
En captivitéMort en prison, en déportation, ou des suites de sa détention, sans cause dite.63,4 %
Autre exécutionMis à mort par une autorité autrement que par la guillotine — fusillé, pendu.31,7 %
À la guerreTué au combat, mort de ses blessures, ou emporté par les privations d'une campagne.31,7 %
Total des causes relevées17523,4 %

Ce que « cause inconnue » veut dire ici

Que la recherche a été faite et n'a rien donné. Chacun des 749 députés a été cherché dans l'ouvrage d'Arthur Conte, dans sa notice du Dictionnaire des parlementaires de Robert et Cougny, puis en ligne. Robert et Cougny écrit presque partout « il mourut à… » et s'arrête : c'est la formule de tout un siècle de notices parlementaires.

Aucune des huit causes ci-dessus n'a été déduite. Un homme mort à quatre-vingt-quinze ans dans sa maison n'est pas classé « maladie » — rien ne dit de quoi il est mort, et l'écrire serait inventer un fait. De même, une maladie attestée à une date que des années séparent du décès reste un état antérieur : Conte décrit volontiers un député « très malade » en janvier 1793 et annonce sa mort quinze ans plus tard, où les deux faits sont vrais mais le lien ne l'est pas. Une neuvième valeur, elle, est présumée et non relevée — c'est l'objet du paragraphe suivant, et son libellé le dit.

Il en découle que tout ce qui suit décrit les 175 morts documentées, non les 749. Les morts violentes y sont surreprésentées par nature : on écrit qu'un homme fut guillotiné, rarement qu'il s'éteignit.

La mort naturelle, présumée et non attestée

Le silence des sources n'interdit pas de raisonner, à condition de dire qu'on raisonne. 393 députés sont morts à 65 ans ou plus sans qu'aucune source ne donne la cause ni ne relève de fin violente. À cet âge, et dans un corpus où les guillotinés meurent à 39 ans de médiane, la mort naturelle est l'hypothèse raisonnable : ils portent la valeur naturelle, dont le libellé même — « naturelle (présumée) » — rappelle qu'elle n'est pas relevée.

Chaque fiche concernée le redit en toutes lettres : sa note indique qu'aucune source ne donne la cause, et à quel âge l'homme est mort. Le site n'affirme donc pas savoir de quoi Théodore Vernier est mort à quatre-vingt-sept ans ; il dit que rien n'indique une fin violente et que l'âge autorise l'hypothèse. Restent 181 morts en « inconnue » : celles d'hommes trop jeunes pour qu'on présume quoi que ce soit, ou dont l'âge n'est pas calculable. Pour ceux-là, le silence est entier.

La Révolution a tué les siens en sept ans

85 de ces hommes sont morts de mort violente — échafaud, exécution, assassinat, suicide, guerre. 81 de ces 85 morts tombent entre 1793 et 1799, et le pic est immédiat : l'année du procès et celle qui la suit en concentrent 63.

Les 85 morts violentes, par année
179336
179427
179510
17963
17972
17981
17992
18001
18041
18051
18121

La Convention se sépare le 4 brumaire an IV, . À cette date, elle a déjà enterré 97 de ses membres, dont 73 de mort violente. Un député sur 8 n'aura pas vu la fin de la législature à laquelle il fut élu.

Aucun banc n'a protégé

C'est le résultat le moins attendu. On lit souvent la Terreur comme la revanche d'un camp sur un autre — et la charrette girondine du 31 octobre 1793 y invite. Mais rapportée aux effectifs, la part des guillotinés est la même d'un bord à l'autre de la salle : voter avec la Montagne n'a pas mieux protégé que voter l'appel au peuple.

Part de morts violentes, par profil de vote
ProfilPartViolentesDont échafaudEffectif
La Montagne12 %3820317
La Plaine11,8 %10885
Contre la mort, sans appel9,5 %7474
La Gironde10,6 %2618245
Non-votants14,3 %4328

Les non-votants sont trop peu nombreux (28) pour qu'une part y signifie quoi que ce soit. Entre les 4 autres profils, l'écart tient en 5 points sur des effectifs de 74 à 317 : il ne soutient aucune conclusion. C'est précisément ce qu'il faut lire — l'absence d'écart, et non un écart.

Trente ans de moins

L'âge médian au décès est de 68 ans pour l'ensemble des 749. Pour ceux qui meurent de mort violente, il tombe à 40 ans, contre 70 pour les autres. La Révolution n'a pas seulement tué ses hommes : elle a tué les plus jeunes, ceux qui étaient entrés à la Convention à trente ans et qui auraient fait le XIXe siècle.

Les 175 morts documentées

Par cause, dans l'ordre des dates. Chaque nom mène à sa fiche, où la circonstance est écrite.

Maladie — 76

Guillotiné — 53

Suicide — 17

Assassiné — 9

Accident — 8

En captivité — 6

Autre exécution — 3

À la guerre — 3

Les causes sont relevées fiche par fiche, dans une nomenclature fermée de neuf valeurs décrite avec le reste de la chaîne sur la page Méthode. Quand deux sources se contredisent, la contradiction est consignée plutôt que tranchée.